Retour sur larrivée de Roche-La-Molière, nous sommes le 1er juin 2003 et je suis heureux comme un gosse devant un sapin de Noël, je viens de boucler mon premier 24h.
Et puis le syndrome de lalbatros me cueille. Jean-Benoît JAOUEN en avait parlé dans le magazine ultrafondus, faisant référence à un article de libé. Après avoir parcouru les océans, loiseau vient se poser sur la terre ferme mais à peine reposé son instinct le pousse à repartir. Le coureur dultra se trouverait dans la même situation après sa course, une sorte détat de dépression qui le pousserait vers de nouvelles aventures. Je nai pas connu cette dépression, nétait peut-être pas un vrai syndrome de lalbatros, ou alors en plus petit, le syndrome du moineau qui vient de traverser un lac , mais en tout cas jai eu envie de me trouver très vite un autre 24h.
Alors, St Laurent ou St Maixent ? Je ne savais plus à quel saint me vouer. Jai privilégié la proximité et tenu compte des conseils de Gilles PALLARUELO, en cas dhésitation, aider lorganisateur qui a le moins de coureurs au départ. Javais donc deux bonnes raisons de me rendre à St Laurent-du-Pont.
Préparatifs
Lultra est une fête que jaime prolonger. Jarrive la veille, je visite la région, je goûte les spécialités locales et je repars généralement le lendemain de la course.
Ce vendredi, je suis le premier arrivé. Je plante la tente quand arrivent Christian LEROUX et Yves CHOMONT, accompagnés de Maryse, du club de Christian.. Javais repéré des petits restos sympas mais Christian minvite à dîner dans le camping-car. Ce soir je vais donc suivre un régime de champion, Christian est venu pour la victoire. Yves ne court pas, il prépare le Grand Raid de la Réunion. Stéphane HAACK était attendu également mais il ne viendra que le lendemain. Cest une soirée agréable, très riche denseignements. On parle dultra bien sûr, de Transe-Gaule et de Spartathlon en particulier.
La course
Il fait chaud, je pars doucement avec Fredou WHECLERC Je ne suis pas en jambes. Je ressens une gêne au genou droit, côté intérieur, mais rien de méchant pour linstant. On tourne au même rythme pendant trois bonnes heures, puis soudain la douleur se fait plus vive. Déjà, il reste encore 21 heures de course !Trois semaines avant, jai participé aux 100km de Sologne à Theillay et je nai pas bien récupéré. Je dois avouer quau lieu de consacrer ces trois semaines à la récupération, jai réalisé quelques séances sans doute trop difficiles. Je commence déjà a alterner course et marche. Cest beaucoup trop tôt ! je nai jamais connu ça sur un ultra. Je suis venu avec pour objectif de dépasser les 170km, soit 54 à 56km au premier 6h, 45 à 46 au deuxième et 36 à 38 aux troisième et quatrième. Globalement, tous mes tableaux de marche de Roche ont été revus à la hausse de 2 ou 3km par tranche de 6h. Ils sont bien inférieurs à ceux de Theillay le 30 août où je nai pas du tout marché pendant 100km.
Mais quelles que soient les circonstances, il faut quand même le finir ce 24h. Je ne chercherai donc pas à être élégant, seule lefficacité compte. Janalyse les risques (de manière subjective) Que peut-il marriver ? au pire un genou en chou-fleur le lendemain et le reste je ne veux pas le savoir, je ne veux pas abandonner. Maryse et Yves me conseillent de me faire masser, de prendre un médicament, de manger. Je ne me fais jamais masser en course, cest trop difficile de repartir. Jévite les médicaments anti-douleurs, la douleur me signale les limites à ne pas dépasser. Et enfin je ne mange pas en course, ce nest pas nécessaire, la faim est seulement cérébrale. Je prends du glucose et des boissons sucrées, de leau plate et gazeuse, du caloreen et mon infusion de soba.
Pendant ce temps la course avance et moi je marche de plus en plus. Jai effectué 50km au premier 6h contre 54 prévus et je devrais en faire 41 dans la deuxième tranche au lieu de 45. Pour les 170, cest jouable, à Roche javais ralenti après le passage du 100, là je devrais gagner quelques kilos, 40 et 40 seraient suffisants, jy crois mais je ne veux pas en parler, pas encore, les douleurs peuvent saggraver, surtout ne pas courir, éviter les traumatismes, je marche à 7km/h. Pas de temps à perdre tout de même, 6X7=42, heureusement je suis déjà changé pour la nuit, ça ma pris 10mn, ce sera mon seul arrêt pendant ce 24h. Demain, je quitterai le gore-tex, je finirai comme ça, avec la carline, le collant et la casquette saharienne sur la tête, tant pis, ce nest pas un défilé de mode. Toujours les ravitaillements en vol, les cailloux ne rentrent plus dans les chaussures, ça me fait gagner du temps. Lastuce dYves, les chaussettes coupées, portées en guêtres sur les chaussures fonctionne à merveille, pourquoi ai-je décidé dattendre le changement de tenue pour les enfiler. Avec Maryse, nous avons dû les retailler, là cest parfait, il va falloir que je garde le modèle. Entre temps, jai reçu le coup daiguillon dans le cul de lâne, cest Yves qui me la mis. Selon lui ma mauvaise récupération depuis Theillay serait due à mon âge « 48 ans ! cest dix ans de plus que moi »- ma dit le jeune homme. Alors là de deux choses lune, ou je reste cloué sur place et jabandonne en me disant que ces jeux ne sont plus de mon âge, ou je me dis que je dois atteindre mon objectif coûte que coûte pour montrer à lami CHOMONT que le « vieux » nest pas encore à larticle de la mort (de coureur). Les deux dernières parties donneront 40 et 40, soit au total : 51+41+40+40=171km.
Après, trop de douleurs pour apprécier, une cheville enflée côté extérieur à larrivée, jai dû chercher à compenser les douleurs côté intérieur du genou. Les copains sen vont Je reste sur place, de toute façon je nai pas le choix, je ne peux pas conduire.
Si vous ne savez pas où courir votre 24H en septembre prochain, allez à St Laurent. Quel accueil de la part des organisateurs, des bénévoles, du public ! Le parcours est plat (mais insuffisamment ombragé) Les droits dinscription sont de 20 pour 24h de course !